Les Sablons, Paris, February 2008,  80×60
Les Sablons, Paris, February 2008, 80×60
Les Sablons, Paris, February 2008,  80×60
Les Sablons, Paris, February 2008, 80×60
St Germain des Pres, Paris, Septembre 2006,  60×40
St Germain des Pres, Paris, Septembre 2006, 60×40
Les Sablons, Paris, February 2008
Les Sablons, Paris, February 2008
Les Sablons, Paris, February 2008,  40×30
Les Sablons, Paris, February 2008, 40×30
Forqualquier, France, July 2006,  60×40
Forqualquier, France, July 2006, 60×40
Les Sablons, Paris, February 2008
Les Sablons, Paris, February 2008
Forqualquier, France, July 2006
Forqualquier, France, July 2006
Description
Walking Lines is a collection of works which draws imaginary lines between fragments of an urban skin made of glued and thorned posters. it is inspired by the aborigine Dreamtime and lays down the pattern of a walkabout across an universal urban landscape.
I started this project in 2003 and have since been working on.

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La Peau des Villes

Parmi les fantaisies artistiques d’Hélène Abdéni, il faut compter la croyance que les villes ont une peau.
À l’en croire, chacune son grain, son teint, sa douceur ou rugosité. Le crépi ou décrépi de l’une, les tatouages ou scarifications de l’autre. L’artiste vous dépeint une ville comme un membre de sa famille : l’acné au fronton de la juvénile Berlin, une trace de Khôl d’après nuit blanche à Beyrouth, un baiser au pochoir sur une joue de New-York … L’épiderme de chacune assez impressionnable pour susciter le désir d’en restituer l’éclat mêlé de salissures à fleur de peau.
Le soupçon de cette pellicule ultrasensible recouvrant le cœur des villes, Hélène Abdéni l’a éprouvé, la première fois, en marchant dans Pékin : un organisme vivant à la rencontre d’un autre, une émotivité rejaillissant sur l’autre : l’artiste touchée par cette ville qui, en retour, lui découvrait l’étendue de sa sensualité.
Dans Pékin, son appareil photo en main – miniature pour ne pas effaroucher son sujet – Hélène Abdéni y arpentait un Hutong. Ainsi appelle-t-on l’ensemble des ruelles autour desquelles s’agrège le troupeau des petites maisons traditionnelles de la vieille Beijing. Emprunté au mongol, le mot signifie puits. Il rappelle que ces maisons s’édifiaient au plus près d’une source. Toute à son cheminement – « c’est la marche qui inspire le corps » – Hélène Abdéni avançait de même dans l’idée que puits et sources sont, pour une ville, comme la psyché pour nous : le creuset d’une mémoire, d’une histoire, d’une mythologie, à sauvegarder d’autant quand menacées de disparition.
Là, elle ressent la première poussée de fièvre d’une manie – « c’est physique » – qui de Bénarès à Bombay, de Londres à Bogota, en a fait une « obsédée du vivant des murs ».
Décrypter le palimpseste inscrit aux murs de toute ville exige une méthode qui n’appartient qu’à elle: marcher, dériver, errer, se perdre. Seul moyen, selon elle, non d’habiter la ville mais que la ville finisse par loger en vous. Renoncer de même à la cartographie : en sorte, non de hanter la ville mais qu’elle vous soit hantise. À la manière dont l’écrivain Bruce Chatwin explore les Songlines : invisibles sentiers enfermant tous les secrets d’une ville et dont Hélène Abdéni est une adepte.
C’est alors que les images photos, cadrages serrés de ses « fragments de murs », sont soumis à l’ordinateur. S’ensuivent découpes, collages, rajouts d’encres, de colles, de pigments et d’aquarelle. Des applications au crayon, pinceau, brosse. Sur papier de soie, papier mat ou granuleux. À chaque étape, des allers et retours. Pour peu qu’un toucher d’enfant se porte par inadvertance sur ces compositions hautement graphiques, elle n’y voit pas d’accident mais un événement à conserver.
Il est possible que l’œil grand ouvert de cette artiste sur la ville lui vienne de son mode de vie : résidence entre Paris et Kiev. Ou de sa biographie : attaches à Beyrouth, en Russie, à Londres où elle se forme au central Saint Martin College of Art and design. Il est plus vraisemblable que cette plasticienne et vidéaste née en 1977 en use de son exploration de la peau urbaine comme de son propre regard braqué en dedans, plongé au tréfonds de soi, forçant les grilles du cachot intime où se tiennent toutes ses visions en attente d’être portées sur toile pour témoigner de ce à quoi rêve une ville.
Brigitte Polino-Neto